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mardi 20 août 2019

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Les Rendez-vous d’Histoire de Québec qui se tiendront du 15 au 18 août 2019

Exposition Louis Hébert et Marie Rollet présentée à la Faculté de pharmacie de l'Université de Lille, jusqu'à l'automne 2019

memoires vives

À la frontière de l’Amérique française :
le Centre pour l’étude du pays des Illinois


Le Centre, sa mission, ses objectifs

 

Centre
Palais de justice de Cahokia, vers 1740
Crédit photo : Pierre Lebeau

Le Centre pour l’étude du pays des Illinois/Center for French Colonial Studies, fondé en 1983, est soutenu par le Département d’histoire du North Central College de Naperville, dans l’État de l’Illinois. Le Centre vise l’atteinte de plusieurs objectifs : être un lieu de rassemblement et faciliter les échanges, entre historiens, anthropologues, archéologues, généalogistes et conservateurs du patrimoine, sur la présence française dans la haute vallée du Mississippi depuis 1673 jusqu’au début du 19e siècle et sur l’empreinte qu’elle y a laissée; stimuler la recherche sur le sujet; diffuser les connaissances sur le Pays des Illinois auprès du grand public et susciter son intérêt pour celui-ci.

Le Centre pour l’étude du pays des Illinois privilégie un certain nombre de moyens pour atteindre ses objectifs. Il maintient à jour un site Web (http://www2.noctrl.edu/academics/departments/history/department_site/cfcs/cfcsenfrancais.html ) en lien avec sa mission. Chaque automne, il organise une assemblée annuelle dans une localité ou un endroit qui témoigne tout particulièrement de cette présence française; la rencontre donne lieu à la présentation d’exposés par des chercheurs provenant des milieux universitaires ou par des personnes, issues du grand public, partageant la même passion. Le Centre assure également la compilation d’ouvrages sur le sujet dont il rend l’information accessible en ligne; il publie des ouvrages constituant le résultat de recherches originales, des documents de première main de même qu’un Journal trimestriel renfermant des études sur la région, des comptes rendus de volumes, des annonces d’activités à venir, de parutions de volumes, etc. Enfin, il établit des liens avec tous ceux, institutions et individus, qui partagent ses préoccupations, en Louisiane, au Québec, en France, etc.

Le Journal, un moyen privilégié de faire avancer les connaissances et de les diffuser

La dernière livraison du Journal (vol. 23, no 1, hiver 2007) ne peut mieux illustrer la mission que se donne le Centre de susciter de nouvelles découvertes et de les diffuser. L’un des trois articles de fond qu’il renferme, History and Legacy of the French Symposium par Jeffrey P. Brain et Margaret Kimball Brown, retrace ses origines. Au point de départ, en 1974, il constitue un regroupement de chercheurs informel présentant les trois caractéristiques suivantes : caractère interdisciplinaire des participants, archéologues de la période historique (par opposition à la période préhistorique), historiens, archivistes, spécialistes de la culture matérielle; intérêt pour la présence française dans le Midwest et en Amérique du Nord au cours du Premier Empire colonial français; périodicité des rencontres, au minimum une par année. À compter de 1980, le regroupement se dissout compte tenu de l’intérêt partagé en partie par des associations bien structurées pour le sujet. Cependant, très tôt, les anciens participants se rendent compte que leurs réunions auraient toujours leur raison d’être, caractérisées par l’interdisciplinarité et centrées plus exclusivement sur ce thème. La réponse ne tarde pas : le Centre pour l’étude du Pays des Illinois est mis sur pied en 1983 en vue de poursuivre le « French Symposium » que des chercheurs regrettaient de plus en plus.

Les deux autres articles se rattachent plus spécifiquement au mandat que le Centre se donne d’aiguillonner la recherche, de pointer de nouvelles voies d’études. L’un des articles, préparé par Arnaud Balvay sous le titre « The Carignan-Salières Regiment in Canada », met en garde contre la tentation passée de trop idéaliser cette armée envoyée par le pouvoir royal pour pacifier les Iroquois. D’un côté, le régiment ne réussit pas vraiment à briser leur force de frappe; de l’autre, sa venue en Nouvelle-France correspond au début d’une ère de prospérité dont les soldats du roi ne peuvent manquer de tirer profit bien involontairement. L’autre article, « A Colony With Slaves : The Detroit River Region French Canadian Settlements, 1730s-1820s » par Guillaume Teasdale, traite des rapports entre Français et autochtones dans la région de Détroit, rapports que les études qualifient, depuis le début des années 1990, de cordiaux, pacifiques, marqués par le sens du compromis, en un mot tout le contraire de la violence. Il nous met en garde. Les recherches les plus récentes laissent place à un certain questionnement quant aux avancées antérieures. Même s’il reconnaît qu’il reste encore beaucoup à faire, l’auteur écrit que les guerres des Français contre les tribus indiennes ont donné lieu à la pratique de l’esclavagisme par les premiers, qui ne sont plus seulement des trafiquants de fourrures, mais aussi des fermiers vivant de leurs exploitations agricoles. Pour l’auteur, les recherches méritent d’être poursuivies dans les témoins de l’histoire épargnés par le temps, mais, ajoutons aussi, à la lumière d’une des conclusions des actes du colloque organisé par la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs — publiés en 2005 par les Presses universitaires de Rennes —. Dans un article intitulé « La Nouvelle-France dans le contexte de l’histoire des Amériques » (Mémoires de Nouvelle-France, p. 155-166), Allan Greer démontre que l’esclavage sur une grande échelle s’explique par les activités économiques pratiquées, par exemple les grandes plantations, et que l’exploitation agricole du sol, à laquelle les immigrants français s’adonnent, ne requiert pas le recours intensif à une main-d’œuvre esclavagiste, sans exclure cependant son utilité dans l’aire domestique.

Gilles Durand

champlain vague