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Colloque Jean Nicollet et les explorateurs de l'Amérique du Nord, Samedi 2 novembre 2019 à l'Université Laval, Québec

Exposition Louis Hébert et Marie Rollet présentée à la Faculté de pharmacie de l'Université de Lille, jusqu'à l'automne 2019

memoires vives

Le théâtre lyrique, lieu de mémoire franco-québécois

 
par Mireille Barrière, Ph.D.*

 

Mireille Barrière
Mireille Barrière, conférencière
Crédit : Gilles Durand

Les activités musicales au temps de la Nouvelle-France

Un ministre des Affaires culturelles déclara un jour que les Québécois avaient un goût « prononcé » pour l’opéra, et le metteur en scène Irving Guttman, que l’engouement pour l’opéra au Canada était dû à la présence des « French Canadians ». Il est certain que la Nouvelle-France dansait et chantait. Faudrait-il considérer comme événement fondateur du théâtre au Canada ce jeu nautique que l’avocat et poète Marc Lescarbot monta à Port-Royal en Acadie, le 14 novembre 1606? Intitulé Le théâtre de Neptune en la Nouvelle-France, cette pièce comprenait entre autres un chœur à quatre voix et une sonnerie de trompettes. Élisabeth Gallat-Morin a documenté avec brio les activités musicales dans la colonie. Elle nous apprend que des arias et même des opéras de Marin Marais, Pascal Colasse et surtout Jean-Baptiste Lully résonnaient dans les salons de l’intendant et du gouverneur et même au séminaire Saint-Sulpice de Montréal1.

 

Des vedettes parisiennes venues de La Nouvelle-Orléans

Avant de posséder sa première véritable troupe professionnelle en 1893, Montréal s’initiera au théâtre lyrique français grâce aux tournées qu’effectueront des troupes venues de La Nouvelle-Orléans. Entre 1880 et 1887, l’imprésario américain Maurice Grau présentera sur les bords du Saint-Laurent quelques-unes des grandes vedettes parisiennes de l’heure; Marie-Aimée, Anna Judic, Louise Théo, Paola Marié, Victor Capoul et Mézières se feront entendre dans les grands succès des Lecocq, Offenbach, Audran et même Bizet. On jouera à guichets fermés! Et quand une quarantaine d’hommes d’affaires réuniront des capitaux pour franciser une scène montréalaise trop envahie par des spectacles anglo-américains, ils fonderont l’Opéra français de Montréal (1893-1896) qui misera largement sur ce répertoire populaire que perpétueront la Société canadienne d’opérette (1923-1933) et Les Variétés lyriques (1936-1955).

 

Les artistes français conservent vivant le souvenir de la France

Minoritaire au début du XIXe siècle, la population francophone de Montréal redeviendra majoritaire à partir de 1865. C’est pourquoi la venue d’artistes français, avant et immédiatement après cette date, suscitera tant d’enthousiasme de la part d’un public pas toujours bien servi dans sa langue. L’image glorieuse de la France que projettent certaines intrigues fournira aux Franco-Montréalais l’occasion de manifester leur attachement à leur ancienne mère patrie. Quand Julie Calvé, vedette de La Nouvelle-Orléans en 1843, entonnera le « Salut à la France » de La fille du régiment de Donizetti, des cris et des applaudissements éclateront avec une telle intensité qu’un critique déclarera avoir eu peine à suivre l’action! Plus tard, La fille du tambour-major d’Offenbach produira les mêmes effets, à chaque fois que l’interprète de Stella attaquera « Petit Français, brave Français » ou que l’armée de Napoléon pénétrera dans Milan aux accents du « Chant du départ ». Bravos, cris, mouchoirs agités, airs bissés et même trissés réchaufferont l’atmosphère. Un siècle plus tard, l’affection envers la France s’exprimera sur un autre mode lors de la création canadienne à Montréal de Pelléas et Mélisande de Debussy. C’était le 14 juin 1940, et le bruit courut pendant l’entracte que l’armée allemande venait d’envahir Paris. Apprenant la nouvelle, des spectateurs entonnèrent spontanément La Marseillaise tandis que d’autres pleuraient.

 

Une formation musicale outre-Atlantique et sur place

C’est dans l’art vocal que les Québécois ont conquis leurs premiers lauriers sur la scène internationale. Or, comme le Conservatoire de musique du Québec n’ouvrit ses portes à Montréal qu’en 1942, plusieurs artistes se rendirent en France dès les années 1870 pour parfaire leur formation. Emma [Lajeunesse] Albani étudia avec Gilbert-Louis Duprez avant de se rendre en Italie. Louise [Martin] Edvina devint l’élève du grand Jean de Reszke en 1904. Après la Deuxième Guerre, Colette Boky et Édith Gallienne prirent des leçons de Janine Micheau, tandis que Jean-Paul Jeannotte et Bruno Laplante étudièrent auprès de Pierre Bernac. Par contre, deux chanteurs français, le ténor Salvator Issaurel et la basse Martial Singher, offrirent des leçons à Montréal et formèrent entre autres Joseph Rouleau, Louis Quilico, Pierrette Alarie et Léopold Simoneau. Ces derniers firent une partie de leur carrière en France. Cependant, Raoul Jobin mérite une mention spéciale tant son nom reste attaché à ceux de l’Opéra et de l’Opéra-Comique de Paris où il a chanté pendant 20 ans.

 

De grandes vedettes françaises en personne et à la télévision

Parmi les chanteurs français qui se sont produits à Montréal, citons Emma Calvé, Pol Plançon, Edmond Clément et plus tard Gérard Souzay, Mado Robin, Guy Chauvet, Régine Crespin et Natalie Dessay. D’autres parurent à la télévision française de Radio-Canada, dont Mady Mesplé, Alain Vanzo et Gabriel Bacquier. Enfin, Jaques Jansen fit partie de la première production télévisée au Canada de Pelléas et Mélisande.

 

*Auteure de : L’Opéra français de Montréal. L'étonnante histoire d'un succès éphémère. [Saint-Laurent], Fides, 2002.

Prix Opus 2002 du livre musical de l'année, décerné par le Conseil québécois de la musique.

Résumé d’une conférence intitulée Panorama de l’histoire de l’opéra à Montréal, donnée, le 3 avril 2010, dans le cadre des activités mensuelles de la Société historique de Montréal tenues au Musée Pointe-à-Callière d’archéologie et d’histoire de Montréal.

 

Source :

  1. Gallat-Morin, Élisabeth, « Les activités musicales »,É. Gallat-Morin et J.-P. Pinson, La vie musicale en Nouvelle-France, Cahiers des Amériques, Septentrion, Québec, 2003 : 291-324.
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