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Mémoires vives,
Bulletin numéro 24, mars 2008 |
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Le rôle des Sulpiciens
dans l’histoire du livre au Québec |
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Gilles
Durand
2007 marque le 350e anniversaire de l’arrivée des Sulpiciens à Montréal. Tout au long de l’année, des activités sont organisées pour commémorer l’événement. Redevable à la communauté pour sa collection d’imprimés initiale, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) ne demeure pas en reste. Elle apporte sa contribution en organisant une table ronde – complémentaire à l’exposition « La Bibliothèque de Ces Messieurs » – sur le rôle des Sulpiciens dans l’histoire du livre à Montréal. L’activité a lieu au Centre d’archives de Montréal, le 26 septembre 2007. Présentée aux participants par Christine Bouchard (BaNQ) et animée par Éric Bouchard (BaNQ), la table ronde donne la parole à trois conférenciers, experts de la question : Michel Brisebois, spécialiste des livres anciens à BAnQ, Jean-René Lassonde, bibliothécaire à la Collection nationale de BAnQ, et Marcel Lajeunesse, historien et professeur associé à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal. Au temps de la Nouvelle-France Michel Brisebois, bien au fait du livre ancien aux 17e et 18e siècles, entretient l’auditoire de la période de la Nouvelle-France. Jusqu’en 1764, il n’y a dans la colonie ni imprimerie ni librairie spécialisée, ce qui n’empêche pas le livre de traverser l’Atlantique et de circuler. Formés dans la banlieue parisienne au Séminaire de Saint-Sulpice et issus pour un bon nombre de milieux cultivés, les prêtres de Saint-Sulpice apportent dans leurs bagages des livres utiles à leur état et à l’exercice de leur mission, parfois des collections entières. Une fois sur place, au Séminaire de Montréal, ils continuent, dans le cours quotidien de leurs activités éducatives et missionnaires, d’enrichir leur bibliothèque personnelle. Commandes adressées à des confrères parisiens, échanges, legs et dons de membres de la communauté, de parents, d’amis et d’autres communautés religieuses sont autant d’occasions mises à contribution. De son côté, la communauté elle-même, vouée en priorité à la formation des prêtres, entreprend aussi de se composer une bibliothèque de consultation : la bibliothèque peut servir à ses membres et aux autres religieux, qui exerçent le ministère sur l’île de Montréal et (qui) sentent le besoin de se ressourcer en se rendant au Séminaire. Les efforts sont couronnés de succès, la bibliothèque prend de l’ampleur; une collection riche d’environ 5 000 volumes est déjà en place à la fin du Régime français. Consciente de l’importance de la bibliothèque initiale des Sulpiciens comme partie indissociable de notre patrimoine collectif, BAnQ consacre à l’heure actuelle une partie de ses ressources à la reconstituer. Pour lui redonner pleinement vie, elle choisit une voie nouvelle, l’approche par l’étude des provenances. Autrement dit, le catalogue conventionnel de bibliothèque, l’étude du contenu des testaments et des inventaires après décès sont complétés par l’examen des livres eux-mêmes. Pour chacun des volumes, des bibliothécaires de l’institution procèdent minutieusement pour tenter de découvrir sur la page couverture ou à l’intérieur de l’ouvrage une date d’acquisition, par exemple à Paris au moment des études de l’aspirant à la prêtrise, la signature d’un parent, d’un ami, d’un confrère, d’un membre d’une autre communauté religieuse, un ex-libris d’un collectionneur, un ex-dono, un sceau et quoi encore. L’enrichissement des collections, la bibliothèque paroissiale Le second conférencier, Marcel Lajeunesse, fait revivre le 19e siècle, une période marquée par la diffusion, par les Sulpiciens, de la culture catholique française. Il développe plus particulièrement deux des moyens que la communauté utilise, l’importation du livre français et la mise sur pied de bibliothèques pour la population montréalaise. Durant les premières décennies du 19e siècle, les Sulpiciens, une communauté d’esprit français qui recrute la grande majorité de ses membres en France, ne ménagent pas leurs efforts pour faire venir des livres de la mère patrie. Ils passent par la filière de Londres durant le blocus napoléonien, puis, par la suite, s’adressent directement à Paris. Les livres de dévotion et de spiritualité catholiques ont leur préférence à l’encontre de la littérature romanesque et philosophique. Face au progrès de l’alphabétisation, au coût élevé des volumes en librairie, à la diffusion des idées libérales et aux retombées positives de la bonne lecture dans la vie paroissiale, les Sulpiciens mettent sur pied en 1835 une première bibliothèque à caractère publique. À ses débuts, ils restreignent le service à des fonctions documentaires destinées au grand public, qu’ils améliorent très tôt par le recours à la contribution financière des usagers. C’est, dans ce dernier cas, l’Oeuvre des bons livres fondé en 1844, une bibliothèque de prêt calquée sur le modèle français et supportée par ses membres. Le service gagne en popularité, mais en même temps le contexte change. L’année 1844 voit la mise sur pied d’une bibliothèque, à la fois lieu de lecture et de rencontres par l’Institut canadien de Montréal, un organisme qui répand les idées libérales et les pensées révolutionnaires du siècle des lumières auprès de la classe instruite. Les Sulpiciens décident eux aussi de rejoindre un lectorat plus savant, en ajoutant, sous un même toit, des fonctions culturelles aux fonctions documentaires déjà en place dans leur bibliothèque. C’est là l’origine du Cabinet de lecture paroissial, mis en place en 1857, à la fois bibliothèque publique et savante donnant accès aux journaux français et canadiens, salle de tenue de conférences et lieu de rencontres d’un cercle littéraire qui devient le Cercle Ville-Marie en 1885. Les Sulpiciens poursuivent leur œuvre tout au long du 19e siècle et même au 20e siècle. La bibliothèque qu’ils mettent au service des lecteurs montréalais prend graduellement un visage différent. D’inspiration religieuse à ses débuts, elle s’ouvre davantage à la culture profane, à l’élite et au monde de la recherche sans perdre de vue cependant la sauvegarde de la morale catholique. La Bibliothèque Saint-Sulpice et son successeur, Bibliothèque et Archives nationales du Québec Le troisième conférencier, Jean-René Lassonde, présente l’œuvre des Sulpiciens en matière de diffusion de l’imprimé au 20e siècle. C’est l’histoire de la Bibliothèque Saint-Sulpice qui ouvre ses portes en septembre 1915, au moment où les besoins en matière de bibliothèque publique s’accroissent à Montréal. Le conférencier traite de la localisation de l’édifice, de son architecture, de sa construction, de sa mission, de son personnel et de ses méthodes de travail. Il fait
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| Crédit
photo : Ville de Montréal. Gestion de documents et archives |
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