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memoires vives

Les soldats des troupes de la Marine en Nouvelle-France
durant la décennie 1750 : origine, recrutement et devenir

 

 

par Gilles Durand
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le conférencier Rénald Lessard etJacques Olivier
Le conférencier Rénald Lessard et Jacques Olivier
Crédit Gilles Durand

Dans le cadre des rencontres mensuelles qu’elle organise, la Société de généalogie de Québec a invité Rénald Lessard, historien et coordonnateur des services au public au Centre de Québec de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à prononcer une conférence sur les troupes de la Marine en Nouvelle-France le 20 janvier 2010. Cent neuf personnes ont assisté à la conférence, voyant là une occasion de trouver peut-être un maillon qui relie leur ancêtre à la France ancestrale.

 

Un portrait d’ensemble

Les troupes de la Marine se différentient des troupes de Terre. Les premières relèvent du ministère de la Marine qui a charge des colonies. Elles servent sur les navires, dans les ports et assurent la défense des colonies. Les deuxièmes, relevant du ministère de la Guerre, constituent l’armée régulière chargée d’assurer la défense du territoire français. Les troupes de la Marine sont organisées en compagnies indépendantes les unes des autres, tandis que les troupes de Terre sont divisées par régiments composés chacun d’un plus grand nombre de soldats. En ce qui concerne l’origine, les troupes de la Marine et celles de Terre sont françaises, à l’exception des officiers commandant les premières. Au début des années 1750, ces derniers sont pour les trois quarts nés au Canada.

 

L’importance des troupes à travers le temps

Les troupes de la Marine sont présentes durant la plus grande partie de la période de la Nouvelle-France. Jusqu’en 1755, elles constituent les seules forces régulières de la colonie. Leur histoire débute en 1683 quand le ministère de la Marine décide d’avoir ses propres soldats pour la défense de ses colonies sans avoir à faire appel aux troupes du ministère de la Guerre. Dans la première moitié du 18e siècle, le ministère de la Marine envoie, au Canada et à l’île Royale, moins de 200 recrues par année pour combler les pertes par décès et licenciements.

 

Au début des années 1750, les troupes de la Marine comptent près de 1 600 soldats et sous-officiers en service au Canada et à l’île Royale. Durant la décennie marquée par la guerre de Sept Ans, le ministère augmente le nombre de compagnies de même que le nombre de soldats dans chacune. Plus de 4500 recrues sont envoyées au Canada et à Louisbourg, portant le nombre de ceux qui servent dans la colonie à plus de 6 100 soldats. L’effort de la France est sans précédent si nous tenons compte de plus de 7 500 officiers et soldats des troupes de Terre envoyés par le ministère de la Guerre à compter de 1755.

 

Le territoire d’opération des troupes

Le territoire d’opération des troupes de la Marine est à l’image de l’étendue de l’empreinte française à l’intérieur de l’Amérique du Nord, soit dans la partie de l’Acadie demeurée possession française, dans la vallée du Saint-Laurent, dans la région des Grands Lacs et dans la vallée du Mississippi jusqu’à son embouchure. Elles servent dans les villes de garnison, Québec, Montréal et Trois-Rivières, dans les forts et les postes de traite disséminés sur le continent. Les troupes affirment les prétentions de la mère patrie et protègent ses territoires de traite contre les empiètements des colonies anglaises trop à l’étroit sur un territoire enclavé entre l’Atlantique et les Appalaches.

 

Affiche de recrutement sous Louis XV
Crédit Wikipédia
L'encyclopédie libre

Le mode de recrutement des troupes

Le recrutement des troupes de la Marine se fait par des officiers français et canadiens sur le territoire français. À compter des années 1750, les besoins augmentent tellement que l’État doit faire appel à des recruteurs privés. Ceux-ci parcourent le royaume pour trouver des candidats. Leurs efforts sont récompensés. Le bassin de recrutement ne se limite plus aux régions côtières, tels le Poitou-Charentes, la Bretagne et la Normandie. Des régions traditionnellement absentes, l’est et le sud de la France, fournissent leur quote-part. Même l’initiative du chevalier Alexis Magallon de la Morlière de faire appel à des déserteurs, réfugiés dans les pays étrangers, est couronnée de succès. Il est en de même du mandat confié à Jean Chrétien Fischer de lever aussi des volontaires à l’étranger pour alimenter les départs pour la Nouvelle-France.

 

Contribution des troupes à la présence française en Amérique du Nord

Les compagnies de la Marine, plus de 6 000 soldats et 500 officiers, ont apporté une contribution significative à la défense du Canada et de Louisbourg. Les soldats ont servi en compagnie des miliciens canadiens et des Amérindiens, plus rarement en compagnie des troupes de Terre. À la suite de la capitulation de la Nouvelle-France, la majorité des recrues françaises sont retournées en Europe, mais au moins 600 soldats se sont mariés au pays. Ils ont contribué à l’enracinement du fait français en Amérique du Nord en prenant terre et en laissant des descendants.

 

Les archives et leur exploitation

Plusieurs traces existent de la présence des troupes de la Marine sur le territoire de la Nouvelle-France : contrôles militaires, actes notariés, registres d’état civil et registres d’hospitalisation. Par contre ces documents sont dispersés.

 

Du côté français, les Archives nationales d’outre-mer conservent des rapports d’inspection et des revues de compagnies, des rôles de recrues envoyées aux colonies, des états de troupes entretenues au Canada, des bordereaux de recettes et de dépenses, des listes de soldats mariés ou retournés en France à la fin de la guerre de Sept Ans.

 

Le Service historique de la défense et son antenne rochefortaise conservent, pour leur part, des listes d’embarquement, des listes de soldats arrivés à Québec et des états de soldats tués et blessés.

 

Pour compléter leur information, les chercheurs ont grand intérêt à se rendre au Public Records Office de Kew en Angleterre qui conserve des listes de soldats des troupes de la Marine. Les documents proviennent d’états dressés par le conquérant britannique à la fin de la guerre ou de prises sur des navires français capturés par la marine britannique.

 

Du côté québécois, mentionnons, entre autres, les fonds et collection des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec – voir Les carnets du patrimoine. Ils renferment les registres des malades dans lesquels ont été inscrits les noms des soldats admis pour blessures ou autres maladies.

 

Par l’exploitation de ces ressources, le conférencier, Rénald Lessard, a ainsi pu retrouver les noms des soldats qui ont fait partie des troupes de la Marine dans une proportion de près de 80 %. Il versera l’ensemble des informations dans une base de données qui verra le jour à l’occasion du 250e anniversaire de la bataille de Sainte-Foy, en avril 2010. Le travail ne sera pas toutefois terminé. Restent pour le futur des recherches de nature prosopographique à effectuer, c’est-à-dire le regroupement de données de nature à constituer une biographie de chacun des soldats.

 

Pour enrichir la mémoire franco-québécoise sur les troupes de la Marine

Les personnes intéressées à approfondir le sujet de la conférence sont invitées à faire l’acquisition de l’ouvrage, préparé sous la direction de Marcel Fournier, ayant pour titre Combattre pour la France en Amérique : les soldats de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France 1755-1760. Réalisée avec le soutien financier de plusieurs partenaires dont la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, cette publication renferme, entre autres, un article préparé par le conférencier, intitulé : « Les compagnies franches de la Marine au Canada et à l’île Royale (1750-1760) », p. 105-125.

 

L’ouvrage est disponible à la Société généalogique canadienne-française et, bien entendu, peut être consulté à la Bibliothèque de la Société de généalogie de Québec.

 

Voir aussi, sur le site Web de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, un article préparé par Arnaud Balvay et intitulé « Les hommes des troupes de la Marine en Nouvelle-France (1683-1763) » dans le bulletin électronique Mémoires vives, no 22, octobre 2007

champlain vague