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lundi 18 novembre 2019

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Colloque Jean Nicollet et les explorateurs de l'Amérique du Nord, Samedi 2 novembre 2019 à l'Université Laval, Québec

Exposition Louis Hébert et Marie Rollet présentée à la Faculté de pharmacie de l'Université de Lille, jusqu'à l'automne 2019

memoires vives

Le 8 septembre 1760
La capitulation de la Nouvelle-France signée à Montréal
met fin à la guerre de Sept Ans en Amérique

 

par Marcel Fournier
Historien et généalogiste, officier de
l’Ordre des Arts et des Lettres de France
et de l’Académie internationale de généalogie,
l’auteur a dirigé le Projet Montcalm qui
a amené à la publication, en 2009, du livre
Combattre pour la France en Amérique.

 

 

250 ans plus tard…

La capitulation de Montréal le 8 septembre 1760 reproduit du livre Combattre pour la France en Amérique, SGCF, 2009, p. 160
La capitulation de Montréal
le 8 septembre 1760
Reproduit du livre Combattre pour la France
en Amérique
, SGCF, 2009, p. 160

Le 8 septembre 2010 marque le 250e anniversaire de la signature de la capitulation de la Nouvelle-France et la fin de l’empire français en Amérique. Cinq années de guerre ont épuisé les troupes françaises et les chefs militaires se rendent à l’évidence qu’il serait inapproprié de poursuivre les hostilités compte tenu de la supériorité des troupes britanniques et de la volonté de la Grande-Bretagne de mettre fin à ce conflit pour chasser définitivement les Français du continent américain.

 

Une guerre perdue à l’avance

Avec un certain recul de l’histoire, l’on constate que la défaite des troupes françaises en Nouvelle-France ne repose pas uniquement sur les soldats venus combattre les Anglais ni sur les décisions de leurs dirigeants bien que les divergences entre Montcalm et Vaudreuil n’ont certainement pas contribué à créer une synergie à la direction de l’armée française. Il faut voir cette défaite à l’intérieur d’un conflit global entre puissances européennes, où la Nouvelle-France ne constitue qu’un petit champ d’opération. Les grandes batailles comme celles de Louisbourg et de Québec sont des exemples typiques de guerre à l’européenne qui ne convenaient pas toujours en Nouvelle-France. La supériorité militaire britannique est venue à bout des efforts combinés des troupes de Terre, des compagnies franches de la Marine, des alliés amérindiens et des miliciens canadiens. Enfin, en mai 1760, au lendemain de la victoire de Lévis à Sainte-Foy, l’arrivée de renforts en provenance de la Grande-Bretagne a mis fin aux espoirs de reprendre le contrôle de la colonie.

Lors de la guerre de Sept Ans, les armées américano-britanniques, supérieures en nombre - 43 800 militaires contre 26 800 pour les troupes françaises et canadiennes - ont prouvé leur grande adaptabilité au style de combat pratiqué en Amérique du Nord. Elles sont passées d’une stratégie européenne (ordre linéaire, attaque en formation) à une stratégie locale avec l’appui des populations locales et amérindiennes. Quant aux soldats français, ils se sont battus courageusement avec des méthodes pratiquées depuis des décennies par les armées françaises sur les champs de batailles européens. Pour certains, cette expérience a duré cinq ans et pour d’autres 50 jours.

 

L’effort de la France en Amérique

L’effort de la France pour défendre sa colonie d’Amérique du Nord ne doit pas être minimisé pour autant. À la fin de l’année 1754, 2779 officiers et soldats des troupes de la Marine étaient en poste en Nouvelle-France. Entre 1755 et 1760, la France a envoyé 6990 officiers et soldats des troupes de Terre et 5885 recrues et volontaires venus pour remplacer les blessés et les morts. L’armée française disposait donc d’environ 15 700 militaires si l’on tient compte des soldats en poste à Louisbourg entre 1755 à 1758.

La France, grande puissance militaire, aurait-elle pu envoyer davantage de soldats pour défendre sa colonie d’Amérique sachant qu’elle disposait de 180 000 hommes de troupes en Europe ? Cette question amène des réponses nuancées. L’envoi de soldats en Nouvelle-France nécessitait une logistique considérable puisqu’il fallait transporter les effectifs, le matériel, l’armement, la nourriture sur des navires dont la traversée nécessitait 30 à 40 jours de mer tout en tenant compte de la supériorité de la Royal Navy qui lui permettait de contrôler les mers.

D’autre part, la Nouvelle-France ne possédait pas de baraquements militaires pour loger les soldats. Ceux-ci devaient donc résider chez les habitants une bonne partie de l’année et au cours des longs mois d’hiver. Comme la Nouvelle-France comptait à peine 60 000 habitants à l’époque de la guerre de Sept Ans, loger près de 6000 soldats était déjà un effort considérable demandé aux habitants. Aurait-on pu en loger 5000 ou 6000 de plus sans mettre en péril la survie de la population locale à une période où une famine sévit en Nouvelle-France ? On peut en douter.

Enfin, la milice canadienne, composée de quelque 12 000 hommes, plus ou moins bien armés, on en convient, a-t-elle fourni l’effort nécessaire pour soutenir les troupes régulières lors des batailles contre les Britanniques ? En relisant l’histoire, on a l’impression que la milice canadienne considérait ce conflit comme une guerre franco-britannique bien plus qu’une menace à la propre survie de la colonie.

La France n’avait donc pas l’intention de perdre sa colonie d’Amérique lors de la guerre de Sept Ans. C’est davantage lors des négociations menant à la signature du Traité de Paris (1761-1763) que la mère-patrie a renoncé à conserver son empire en Amérique et ses « quelques arpents de neige » pour paraphraser Voltaire.

 

Le Traité de Paris

De la capitulation signée par Vaudreuil le 8 septembre 1760, à la signature du Traité de Paris, le 10 février 1763, un régime militaire est mis en place par les vainqueurs pour administrer le territoire conquis. Les Britanniques dirigent le pays au cours de 28 mois, période pendant laquelle plus de 4000 Canadiens et Français décident de rentrer en France créant ainsi une saignée importante dans la classe dirigeante du pays.

En Europe, les pourparlers de paix commencés en 1761, prennent deux années à se conclure. En 1763, deux traités mettent fin à la guerre de Sept Ans que plusieurs considèrent comme la première guerre mondiale. Selon le Traité de Paris, signé le 10 février 1763 entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, les Britanniques obtiennent d’énormes gains territoriaux en Europe, en Afrique et en Asie. De leur côté, les Autrichiens et les Prussiens signent le Traité de Hubertusburg le 15 février suivant. Ce traité valide les frontières de 1756 et oblige l’évacuation de la Silésie par l’Autriche.

En Amérique du Nord, le Traité de Paris a des répercussions beaucoup plus importantes. La Grande-Bretagne obtient toute la Nouvelle-France, sauf les îles Saint-Pierre-et-Miquelon, ainsi que tous les territoires à l’est du Mississippi. Pour sa part, la France récupère les îles de la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante et Sainte-Lucie, ainsi que des droits pour sécher le poisson sur les côtes de Terre-Neuve.

 

L’héritage français de la guerre de Sept Ans

Au terme du conflit anglo-français, 692 officiers et soldats des troupes de la Marine, 1683 officiers et soldats des troupes de Terre et 507 civils se voient obliger de rentrer en France. En octobre 1760, depuis Québec, des navires anglais transportent les vaincus vers le port de La Rochelle où plusieurs soldats sont démobilisés dès leur arrivée.

Bien que 2882 Canadiens et Français soient rapatriés en France, plusieurs décident de demeurer au pays malgré la présence des nouveaux maîtres et le faible espoir que la France retrouve un jour sa colonie d’Amérique. De tous les soldats des troupes françaises qui ont combattu en Amérique lors de la guerre de Sept Ans, 607 soldats des troupes de Terre et 505 soldats des troupes de la Marine ont décidé de prendre épouse pendant le conflit et de demeurer au Canada par la suite. Ces quelque 1100 militaires constituent une présence importante pour l’avenir du pays. Leur établissement dans plusieurs régions du Québec permet un renouvellement des populations. Ironiquement, ce flux migratoire constitue le plus important apport d’immigrants français en Nouvelle-France depuis la décennie 1670 où 400 soldats des régiments de Carignan-Salières et 770 filles du Roi se sont établis au pays à la demande de l’intendant Jean Talon.

 

Quelques rappels mémoriels

La guerre de Sept Ans a laissé de nombreuses traces dans le paysage et dans la mémoire des Québécois. Plusieurs familles ont pour ancêtre un soldat des troupes de Montcalm ou de Wolfe. Les Arès, Bricault, Déry, Galaise, Gérin-Lajoie, Rolin, Sansregret et Vadeboncoeur, et les Blackburn, Fraser, Handfield, McKennon, Mackay, Robertson et Ross en sont des exemples connus.

De nombreux monuments en l’honneur des héros de 1759 : ceux des généraux Wolfe et Montcalm rappellent la bataille de 1759, celui du Parc des Braves rappelle la bataille de Sainte-Foy en 1760. Le parc des plaines d’Abraham, théâtre de la bataille du 13 septembre 1759, et le cimetière de l’Hôpital-Général de Québec constituent des lieux de mémoire importants de la guerre de Sept Ans.

En 1907, lors de la création de nouveaux cantons en Abitibi, le Gouvernement du Québec a voulu honorer le souvenir de la guerre de Sept Ans en attribuant des noms d’officiers et de régiments des troupes de Montcalm à des endroits tels que les villes de Rouyn, La Sarre, Roquemaure, le parc d’Aiguebelle et les cantons de Berry, Béarn ou de Guyenne.

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