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jeudi 1 octobre 2020

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Exposition Louis Hébert et Marie Rollet présentée à la Faculté de pharmacie de l'Université de Lille, jusqu'à l'automne 2019

memoires vives

Le vêtement des Filles du Roy

Par Raymonde Fortin,
alias Catherine Dupuis, Fille du Roy
avec l'aimable collaboration de madame Catherine Pinsonneault

 

Le vêtement des Filles du Roy.
Source : Raymonde Fortin

Le 22 septembre 1663, des barques transportant 36 jeunes femmes, quittent l'Aigle d'Or au large de Québec et accostent sur les rives de la Nouvelle-France. Il en sera ainsi chaque année jusqu'en 1673. Au total, elles seront 764 à remplir une mission royale, celle de prendre mari, fonder famille, bâtir nation.

Mais qu'apportent-elles, ces Filles du Roy ? Quels sont leurs avoirs ? En fait, bien peu de choses : une caissette, une mince dot et leurs vêtements.

Après 111 jours de traversée, confinées dans la sainte-barbe, exposées à des conditions sanitaires très précaires, elles n'en mènent pas large : elles souffrent toutes de carence alimentaire, de faiblesse, traînent poux et tiques ; certaines ont été touchées par la dysenterie, la fièvre et le scorbut. Quant à leurs vêtements, ils sont en piteux état. L'humidité de la sainte-barbe les a rendus poisseux, la moisissure s'est mise de la partie et ils sont plus ou moins en lambeaux. Aussitôt débarquées et prises en charge par madame de La Peltrie, les Ursulines et des dames de bien, elles retrouvent, en plus de la santé, de nouvelles tenues vestimentaires.

En ce milieu du XVIIe siècle, l'habillement de ces femmes venues s'établir en Nouvelle-France est semblable à celui des femmes du commun porté en Hollande, en Flandre, en Espagne et en France. Les tissus sont probablement tous importés car les plus anciens métiers à tisser répertoriés au Québec remonteraient seulement au début du XVIIIe siècle. Parmi ces tissus, les inventaires des biens après décès mentionnent la soie, le coton, le lin, plusieurs toiles d'importation comme la toile de Rouen, de Normandie, de Meslies, de Morlaix, diverses étoffes de laine tels drap, serge, étoffe grossière, étamine, et chanvre.

Quant aux couleurs des vêtements, elles sont peu variées : beaucoup de rouge, de bleu, de gris et un peu de brun; parfois, on retrouve des couleurs plus riches comme le cramoisi, l'aurore (saumon-orangé), bleu azuré, violet, couleur d'or (jaune).

Le costume typique des filles à marier, plus tard nommées Filles du Roy par Marguerite Bourgeoys, comprend :

  • Les bas, de coton ou de laine de couleur unie (blanc, beige, gris, brun, rouge, bleu pâle ou foncé) montant aux genoux et maintenus par des jarretières sous les genoux, des liens de laine tissée ou tressée, ou un ruban.
  • La chemise, de coton blanc ou grège, de lin fin, moyen ou grossier, très ample et munie de manches droites peu ou pas froncées à l'avant-bras. Encolure près du cou et fendue à l'avant jusqu'à la naissance de la poitrine; des cordonnets permettant de la nouer au cou. À noter qu'à l'époque, il n'y a pas de petite culotte ni pour les femmes, ni pour les hommes.
  • Les poches, pochettes de tissu, fendues verticalement et montées sur un ruban noué à la taille, constituent un vêtement en soi, indépendant de la jupe. Ainsi, par mesure d'économie, on ne lave bien souvent que le bas de la jupe souillé et les poches grandement utilisées.
  • Le corset, tenant lieu de soutien-gorge, en grosse toile tissée serré, lacé devant et, fait surprenant, assez souple. Le plus souvent muni de bretelles, il doit être ajusté directement sur le corps afin d'en épouser la forme. Deux baleines insérées au niveau du laçage lui permettent de garder sa forme. Le corset étant un sous-vêtement, une femme ne doit pas se présenter vêtue uniquement de son corset, elle doit obligatoirement porter un mantelet par dessus celui-ci.
  • La jupe, de coton, de lin ou de laine, longue mais laissant voir le pied. Se porte du mi-mollet à la cheville. Faite de deux panneaux très amples montés sur des cordons, froncée à la taille. Panneau arrière noué au devant et panneau devant noué à l'arrière. De chaque côté, une fente prévue pour accéder aux poches. Parfois, deux jupes superposées et l'hiver, une troisième s'ajoute aux deux premières. On les appelle : la secrète, la friponne et la modeste.
  • Le mantelet, le corsage ou la camisole, toujours doublé, ressemble un peu à une veste à l'encolure largement arrondie et s'attache à l'avant avec des agrafes ou un laçage. Il épouse la forme du corps, est ajusté à la taille et prend de l'ampleur sur les hanches. Les manches larges sont froncées derrière l'épaule et parfois à l'avant-bras, elles couvrent toujours le coude.
  • La jupe et le mantelet sont confectionnés avec du coton moyen, du lin moyen ou des draps de laine fine. Le mantelet se veut de couleur unie et la jupe peut être de couleur unie ou, peu fréquemment, à larges rayures. Les couleurs des deux vêtements sont coordonnées. 
  • Le mouchoir de col, fait d'un grand carré plié en diagonale, en coton blanc, se porte noué devant, épinglé en laissant pendre les pointes ou en les insérant à l'intérieur du corsage.
  • Le bonnet, ou la cornette, de coton blanc, muni de cordonnets noués sur le dessus de la tête, se porte en tout temps.
  • La coiffe, capuchon blanc à deux longues pointes, s'ajoute au bonnet ou à la cornette.
  • Le tablier, vêtement de travail de coton ou de lin, blanc, naturel ou de couleur. Froncé à la taille, s'attachant à l'arrière par des cordons. Protège une bonne partie du devant de la jupe, pouvant couvrir les hanches et même une partie des fesses.
  • Les chaussures, différentes selon les circonstances et l'endroit. On passe des souliers de cuir à talons plats ou moyens, ouverts sur les côtés, aux sabots et souliers de bœuf.


Voilà donc l'habillement des Filles du Roy qui, une fois nippées, choisissent mari et adoptent ce pays neuf qu'est la Nouvelle-France. Avec les années, la nécessité de s'acclimater, le contact avec les Indiens, la garde-robe des unes et des autres, s'enrichit de nouveaux vêtements pratiques et simples.

 

NOTE : La reconstitution de l'habillement des Filles du Roy en 2013 a été inspirée de toiles de maîtres hollandais, français, espagnols et flamands tels : Jan Steen, Pieter de Hooch, Johannes Vermeer, Louis Le Nain, Bartolomé Esteban Murillo, David Teniers.

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